Le Spiritisme Allan Kardec

Allan Kardec (première partie)

Mieux que la meilleure des synthèses, nous vous proposons de très longs extraits de la biographie d'Allan Kardec écrite par Henri Sausse, parue en 1909, et qui est une des plus précises et éloquentes sur la vie d'Allan Kardec

EXTRAITS
(...)
C’est à Lyon, en effet, que le 3 octobre 1804 est né d’une vieille famille lyonnaise du nom de Rivail celui qui devait plus tard illustrer le nom d’Allan Kardec et lui acquérir tant de droits à notre profonde sympathie, à notre filiale reconnaissance.


Voici à ce sujet un document positif et officiel : « Le 12 vendémiaire de l’an XIII, acte de naissance de Denizard-Hippolyte-Léon Rivail, né hier soir à 7 heures, fils de Jean-Baptiste-Antoine Rivail, homme de loi, juge, et de Jeanne Duhamel, son épouse, demeurant à Lyon, rue Sala, 76. Le sexe de l’enfant a été reconnu masculin. Témoins majeurs : Syriaque-Frédéric Dittmar, directeur de l’établissement des eaux minérales de la rue Sala, et Jean-François Targe, même rue Sala, sur la réquisition du médecin Pierre Radamel, rue Saint-Dominique n° 78. Lecture faite, les témoins ont signé, ainsi que le Maire de la division du Midi. »

Le président du Tribunal
, signé : Mathiou
Pour extrait conforme : Le Greffier du Tribunal, signé : Malhuin


Le jeune Rivail fut baptisé le 15 juin de l’année suivante, comme en fait foi l’extrait suivant, dont M. Leymarie a bien voulu nous donner l’original : «Extrait des Registres de Baptême de la paroisse de Saint-Denis en Bresse, diocèse de Lyon. Le quinze du mois de juin de l’année mil huit cent cinq a été baptisé en cette paroisse Hippolyte Léon Denizard né à Lyon, le trois octobre mil huit cent quatre, fils de Jean-Baptiste Antoine Rivail, homme de loi et de Jeanne Louise Duhamel, parrain Pierre Louis Perrin, marraine Suzanne Gabrielle Marie Vemier demeurant en la ville de Bourg. Signé Barthe curé, pour copie conforme délivrée le vingt-huit octobre mil huit cent treize.» Signé : Chassin, curé.

Le futur fondateur du Spiritisme reçut dès son berceau un nom aimé et respecté et tout un passé de vertus, d’honneur, de probité ; bon nombre de ses ancêtres s’étaient distingués dans le barreau et la magistrature, par leur talent, leur savoir et leur scrupuleuse probité. Il semblait que le jeune Rivail devait rêver, lui aussi, des lauriers et des gloires de sa famille. Il n’en fut rien, car dès sa première jeunesse il se sentit attiré vers les sciences et la philosophie.


Rivail Denizard fit à Lyon ses premières études, il compléta ensuite son bagage scolaire à Yverdun (Suisse) auprès du célèbre professeur Pestalozzi, dont il devint bientôt un des disciples les plus éminents et le collaborateur intelligent et dévoué. Il s’était adonné, de tout cœur, à la propagation du système d’éducation, qui eut une si grande influence sur la réforme des études en France et en Allemagne. Dès l’âge de 14 ans il expliquait à ses petits camarades, moins avancés que lui, les leçons du maître, lorsque ceux-ci ne les avaient pas comprises alors que son intelligence, si ouverte et si active, les lui avait fait saisir au premier énoncé. C’est à cette école que se sont développées les idées qui devaient plus tard faire de lui un observateur attentif, méticuleux, un penseur prudent et profond. Les ennuis qu’il éprouva, au début, lui catholique en pays protestant, le portèrent, de bonne heure, à aimer la tolérance, et firent de lui un véritable homme du progrès, un libre penseur avisé, voulant comprendre d’abord, avant de croire ce qu’on lui enseignait.


Très souvent, alors que Pestalozzi était appelé par les gouvernements, un peu de tous côtés, pour fonder des instituts semblables à celui d’Yverdun, il confia à Denizard Rivail le soin de le remplacer dans la direction de son école ; l’élève devenu maître avait d’ailleurs, avec les droits les plus légitimes, les capacités voulues pour mener à bien la tâche qui lui était confiée. Il était bachelier ès-lettres et ès-sciences, docteur en médecine ayant fait toutes ses études médicales et présenté brillamment sa thèse; linguiste distingué, il connaissait à fond et parlait couramment l’allemand et l’anglais; il connaissait aussi le hollandais et pouvait facilement s’exprimer dans cette langue. Denizard Rivail était un grand et beau garçon, aux manières distinguées, d’humeur gaie dans l’intimité, bon et serviable. La conscription l’ayant pris pour le service militaire, il se fit exempter et deux ans après vint à Paris pour fonder, 35, rue de Sèvres, un établissement semblable à celui d’Yverdun. Pour cette entreprise, il s’était associé avec un de ses oncles, frère de sa mère, qui était son bailleur de fonds.


Dans le monde des lettres et de l’enseignement qu’il fréquentait à Paris, Denizard Rivail rencontra Mlle Amélie Boudet, qui était institutrice avec diplôme de 1ère classe. Petite, très bien faite cependant, gentille et gracieuse, riche par ses parents et fille unique, intelligente et vive, par son sourire et ses qualités elle sut se faire remarquer de M. Rivail en qui elle devina, sous l’homme aimable à la gaieté franche et communicative, le penseur savant et profond alliant une grande dignité au meilleur savoir-vivre. L’état civil nous apprend que : « Amélie Gabrielle Boudet, fille de Julien-Louis Boudet, propriétaire et ancien notaire, et de Julie Louise Seigneat de Lacombe, est née à Thiais (Seine) le 2 frimaire an IV (23 novembre 1795). » Mademoiselle Amélie Boudet avait donc neuf ans de plus que M. Rivail, mais en apparence elle en avait dix de moins lorsque le 6 février 1832, à Paris fut établi le contrat de mariage de Hippolyte-Léon Denizard Rivail, chef de l’Institut technique, rue de Sèvres (Méthode de Pestalozzi), fils de Jean-Baptiste Antoine et de dame Jeanne Duhamel, domiciliés à Château-du-Loir, avec Amélie-Gabrielle Boudet, fille de Julien-Louis et de dame Julie-Louise Seigneat de Lacombe, domiciliés à Paris, 35, rue de Sèvres.


L’associé de M. Rivail avait la passion du jeu ; il ruina son neveu en perdant de grosses sommes à Spa et à Aix-la-Chapelle. M. Rivail demanda la liquidation de l’Institut, et il revint 45 000 fr à chacun d’eux au partage. Cette somme fut placée par M. et Mme Rivail chez un de leurs amis intimes, négociant, qui fit de mauvaises affaires et dont la faillite ne laissa rien aux créanciers. Loin de se décourager par ce double revers, M. Rivail se mit courageusement à l’ouvrage ; il trouva et put tenir trois comptabilités qui lui rapportaient environ 7 000 fr par an, et, sa journée terminée, ce travailleur infatigable faisait le soir, à la veillée, des grammaires, des arithmétiques, des volumes pour les hautes études pédagogiques ; il traduisait des ouvrages anglais et allemands et préparait tous les cours de Levy-Alvarès suivis par des élèves des deux sexes du faubourg Saint-Germain. Il organisa aussi chez lui, rue de Sèvres, des cours gratuits de chimie, de physique, d’astronomie, d’anatomie comparée, qui étaient très suivis, de 1835 à 1840. Voilà l’homme que le serpent de la calomnie a cherché par mille moyens à salir de sa bave ; voilà celui qu’un dramaturge d’une jalousie féroce a voulu faire passer pour avoir été le directeur d’un théâtre à femmes ? En fait de théâtre, voici celui sur lequel agissait M. Léon Rivail. Membre de plusieurs sociétés savantes, notamment de l’académie royale d’Arras, il fut couronné, au concours de 1831, pour un mémoire remarquable ayant pour thème : « Quel est le système d’étude le plus en harmonie avec les besoins de l’époque ? »


Parmi ses nombreux ouvrages, il convient de citer par ordre chronologique : Plan proposé pour l’amélioration de l’instruction publique en 1828 ; en 1829, d’après la méthode de Pestalozzi, il publiait, à l’usage des mères de famille et des professeurs : Cours pratique et théorique d’arithmétique; en 1831, il fit paraître la Grammaire française classique ; en 1846, Manuel des examens pour les brevets de capacité : solutions raisonnées des questions et problèmes d’arithmétique et de géométrie; en 1848 fut publié le Catéchisme grammatical de la langue française ; enfin, en 1849, nous trouvons M. Rivail, professeur au Lycée Polymathique où il fait des cours de physiologie, d’astronomie, de chimie, de physique. Dans un ouvrage très estimé, il résume ses cours, puis il édite : Dictées normales des examens de l’Hôtel de Ville et de la Sorbonne ; Dictées spéciales sur les difficultés orthographiques. Voilà ce qu’il a produit ; combien des folliculaires masqués qui ont osé attaquer ce grand travailleur pourraient en montrer autant ? Ces divers ouvrages ayant été adoptés par l’Université de France et se vendant grandement, M. Rivail put se constituer, grâce à eux et son labeur opiniâtre, une modeste aisance. Comme on peut en juger par ce trop rapide aperçu, M. Rivail était admirablement préparé pour la rude tâche qu’il allait avoir à remplir et faire triompher. Son nom était connu et respecté, ses travaux justement appréciés, bien avant même qu’il immortalisât celui d’Allan Kardec.


Poursuivant sa carrière pédagogique, M. Rivail eût pu vivre heureux, honoré et tranquille, sa fortune étant reconstituée par son labeur acharné et le brillant succès qui avait couronné ses efforts, mais sa mission l’appelait à une tâche plus lourde, à une œuvre plus grande et, comme nous aurons souvent l’occasion de le constater, il se montra toujours à la hauteur de la mission glorieuse qui lui était réservée. Ses instincts, ses aspirations eussent poussé M. Rivail vers le mysticisme, mais son éducation, son jugement sain, son observation méthodique le tinrent également à l’abri des emballements irraisonnés et des négations non justifiées.


De bonne heure il s’occupa des phénomènes du Magnétisme ; il avait tout au plus 19 ans lorsque, vers 1823, il se sentit poussé à étudier les phases du somnambulisme dont les mystères troublants étaient pour lui du plus haut intérêt. C’est donc en parfaite connaissance de cause qu’il écrira un jour dans sa Revue Spirite de mars 1858, page 92 : «Le Magnétisme a préparé les voies du Spiritisme, et les rapides progrès de cette dernière doctrine sont incontestablement dus à la vulgarisation des idées sur la première. Des phénomènes du magnétisme, du somnambulisme et de l’extase aux manifestations spirites, il n’y a qu’un pas ; leur connexion est telle, qu’il est pour ainsi dire impossible de parler de l’un sans parler de l’autre. Si nous devions rester en dehors de la science magnétique, notre cadre serait incomplet, et l’on pourrait nous comparer à un professeur de physique qui s’abstiendrait de parler de la lumière. Toutefois, comme le magnétisme a déjà parmi nous des organes spéciaux justement accrédités, il deviendrait superflu de nous appesantir sur un sujet traité avec la supériorité du talent et de l’expérience ; nous n’en parlerons donc qu’accessoirement, mais suffisamment pour montrer les rapports intimes de deux sciences qui, en réalité, n’en font qu’une. »


Mais n’anticipons pas ; nous n’en sommes pas encore là. Allan Kardec n’a pas encore trouvé la voie qui le conduira a l’immortalité. Ce fut en 1854 que M. Rivail entendit parler pour la première fois des tables tournantes, d’abord par M. Fortier, magnétiseur, avec lequel il était en relation pour ses études sur le magnétisme. M. Fortier lui dit un jour : « Voici qui est bien plus extraordinaire, non seulement on fait tourner une table en la magnétisant, mais on la fait parler ; on l’interroge et elle répond ». « Ceci, répliqua M. Rivail, est une autre question : j’y croirai quand je le verrai, et quand on m’aura prouvé qu’une table a un cerveau pour penser, des nerfs pour sentir, et qu’elle peut devenir somnambule ; jusque-là, permettez-moi de n’y voir qu’un conte à dormir debout. »


Tel était au début l’état d’esprit de M. Rivail, tel nous le retrouverons souvent, ne niant rien de parti pris, mais demandant des preuves et voulant voir et observer pour croire ; tels devons-nous nous montrer toujours dans l’étude si captivante des manifestations de l’au-delà. Jusqu’à présent, nous n’avons eu à nous occuper que de M. Rivail, professeur émérite, auteur pédagogique renommé ; mais, à cette époque de sa vie, de 1854 à 1856, un nouvel horizon s’ouvre pour ce penseur profond, pour cet observateur sagace ; alors le nom de Rivail rentre dans l’ombre pour faire place à celui d’Allan Kardec que la renommée portera sur tous les coins du globe, que rediront tous les échos et que chérissent tous nos cœurs.


Voici comment Allan Kardec nous apprend ses doutes, ses hésitations et aussi sa première initiation : « J’en étais donc à la période d’un fait inexpliqué en apparence, contraire aux lois de la nature, et que ma raison repoussait. Je n’avais encore rien vu ni rien observé ; les expériences faites en présence de personnes honorables et dignes de foi me confirmaient dans la possibilité de l’effet purement matériel, mais l’idée d’une table parlante n’entrait pas encore dans mon cerveau. L’année suivante, c’était au commencement de 1855, je rencontrai M. Carlotti, un ami de vingt cinq ans, qui m’entretint de ces phénomènes pendant plus d’une heure avec l’enthousiasme qu’il apportait à toutes les idées nouvelles. M. Carlotti était Corse, d’une nature ardente et énergique ; j’avais toujours estimé en lui les qualités qui distinguent une grande et belle âme, mais je me défiais de son exaltation. Le premier il me parla de l’intervention des Esprits, et il augmenta mes doutes. Vous serez un jour des nôtres, me dit-il. Je ne dis pas non, lui répondis-je ; nous verrons cela plus tard.


A quelque temps de là, vers le mois de mai 1855, je me trouvai chez la somnambule Mme Roger, avec M. Fortier, son magnétiseur ; j’y rencontrai M. Pâtier et Mme Plainemaison, qui me parlèrent de ces phénomènes dans le même sens que M. Carlotti, mais sur un tout autre ton. M. Pâtier était un fonctionnaire public, d’un certain âge, homme très instruit, d’un caractère grave, froid et calme; son langage, posé, exempt de tout enthousiasme, fit sur moi une vive impression, et, quand il m’offrit d’assister aux expériences qui avaient lieu chez Mme Plainemaison, rue Grange-Batelière n° 18, j’acceptai avec empressement. Rendez-vous fut pris pour [début mai]. Ce fut là, pour la première fois, que je fus témoin du phénomène des tables tournantes, sautantes et courantes, et cela dans des conditions telles que le doute n’était pas possible.


J’y vis aussi quelques essais très imparfaits d’écriture médianimique sur une ardoise à l’aide d’une corbeille. Mes idées étaient loin d’être arrêtées, mais il y avait là un fait qui devait avoir une cause. J’entrevis, sous ces futilités apparentes et l’espèce de jeu que l’on faisait de ces phénomènes, quelque chose de sérieux et comme la révélation d’une nouvelle loi que je me promis d’approfondir. L’occasion s’offrît bientôt d’observer plus attentivement que je n’avais pu le faire. A l’une des soirées de Mme Plainemaison, je fis connaissance de la famille Baudin, qui demeurait alors rue Rochechouart. M. Baudin m’offrit d’assister aux séances hebdomadaires qui avaient lieu chez lui, et auxquelles je fus, dès ce moment, très assidu. C’est là que je fis mes premières études sérieuses en Spiritisme, moins encore par révélations que par observations. J’appliquai à cette nouvelle science, comme je l’avais fait jusqu’alors, la méthode de l’expérimentation ; je ne fis jamais de théories préconçues : j’observais attentivement, je comparais, je déduisais les conséquences : des effets je cherchais à remonter aux causes par la déduction, l’enchaînement logique des faits, n’admettant une explication comme valable que lorsqu’elle pouvait résoudre toutes les difficultés de la question. C’est ainsi que j’ai toujours procédé dans mes travaux antérieurs depuis l’âge de quinze ou seize ans. je compris tout d’abord la gravité de l’exploration que j’allais entreprendre ; j’entrevis dans ces phénomènes la clef du problème si obscur et si controversé du passé et de l’avenir de l’humanité, la solution de ce que j’avais cherché toute ma vie : c’était, en un mot, toute une révolution dans les idées et dans les croyances ; il fallait donc agir avec circonspection, et non légèrement ; être positiviste et non idéaliste, pour ne pas se laisser aller aux illusions.


Un des premiers résultats de mes observations fut que les Esprits, n’étant autres que les âmes des hommes, n’avaient ni la souveraine sagesse ni la souveraine science ; que leur savoir était borné au degré de leur avancement, et que leur opinion n’avait que la valeur d’une opinion personnelle. Cette vérité, reconnue dès le principe, me préserva du grave écueil de croire à leur infaillibilité, et m’empêcha de formuler des théories prématurées sur le dire d’un seul ou de quelques-uns. Le seul fait de la communication avec les Esprits, quoi qu’ils puissent dire, prouvait l’existence d’un monde invisible ambiant ; C’était déjà un point capital, un champ immense ouvert à nos explorations, la clef d’une foule de phénomènes inexpliqués ; le second point, non moins important, était de connaître l’état de ce monde, ses mœurs, si l’on peut s’exprimer ainsi ; je vis bientôt que chaque Esprit, en raison de sa position personnelle et de ses connaissances, m’en dévoilait une phase, absolument comme on arrive à connaître l’état d’un pays en interrogeant les habitants de toutes les classes et de toutes les conditions, chacun pouvant nous apprendre quelque chose, et aucun, individuellement, ne pouvant nous apprendre tout ; c’est à l’observateur de former l’ensemble à l’aide des documents recueillis de différents côtés, collationnés, coordonnés et contrôlés les uns par les autres. J’agis donc avec les Esprits, comme je l’aurais fait avec des hommes ; ils furent pour moi, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, des moyens de me renseigner et non des révélateurs prédestinés. »


A ces renseignements puisés dans les Œuvres posthumes d’Allan Kardec, il convient d’ajouter qu’au début M. Rivail, loin d’être un enthousiaste de ces manifestations et absorbé par ses autres occupations, fut sur le point de les abandonner, ce qu’il eût fait peut-être sans les pressantes sollicitations de MM. Carlotti, René Taillandier, membre de l’Académie des sciences, Tiedeman-Manthèse, Sardou Père et fils, Didier, éditeur, qui suivaient depuis cinq ans l’étude de ces phénomènes et avaient réuni cinquante cahiers de communications diverses qu’ils ne parvenaient pas à mettre en ordre. Connaissant les vastes et rares aptitudes à synthétiser de M. Rivail, ces Messieurs lui remirent les cahiers en lui demandant d’en prendre connaissance et de les mettre au point. Ce travail était ardu et exigeait beaucoup de temps, en raison des lacunes et des obscurités de ces communications, et le savant encyclopédiste se refusait à cette tâche ennuyeuse et absorbante en raison de ses autres travaux.


Un soir, son Esprit protecteur Z lui donna par un médium une communication toute personnelle, dans laquelle il lui disait, entre autres choses, l’avoir connu dans une précédente existence, alors qu’au temps des Druides ils vivaient ensemble dans les Gaules ; il s’appelait alors Allan Kardec, et, comme l’amitié qu’il avait eue pour lui n’avait fait que s’accroître, il lui promettait de le seconder dans la tâche très importante pour laquelle on le sollicitait et dont il viendrait facilement à bout. M. Rivail se mit donc à l’œuvre ; il prit les cahiers, les annota avec soin, après une lecture attentive, écarta les redites et mit à leur rang chaque dictée, chaque rapport de séance ; il signala les lacunes à combler, les obscurités à éclaircir, prépara les demandes voulues pour arriver à ce résultat.


« Jusqu’alors, dit-il lui-même, les séances chez M. Baudin n’avaient aucun but déterminé ; j’entrepris d’y faire résoudre les problèmes qui m’intéressaient au point de vue de la philosophie, de la psychologie et de la nature du monde invisible ; j’arrivais à chaque séance avec une série de questions préparées et méthodiquement arrangées ; il y était toujours répondu avec précision, profondeur et d’une façon logique. Dès ce moment, les réunions eurent un tout autre caractère ; parmi les assistants se trouvaient des personnes sérieuses qui y prirent un vif intérêt, et s’il m’arrivait d’y manquer, on était comme désœuvré, les questions futiles avaient perdu leur attrait pour le plus grand nombre. Je n’avais d’abord en vue que ma propre instruction ; plus tard, quand je vis que tout cela formait un ensemble et prenait les proportions d’une doctrine, j’eus la pensée de les publier pour l’instruction de tout le monde. Ce sont ces mêmes questions qui, successivement développées et complétées, ont fait la base du Livre des Esprits. »


En 1856, M. Rivail suivit les réunions spirites qui se tenaient rue Tiquetonne, chez M. Roustan, avec Mlle Japhet, somnambule, qui obtenait comme médium des communications très intéressantes à l’aide de la corbeille à bec ; il fit contrôler par ce médium les communications obtenues et mises en ordre précédemment. Ce travail eut d’abord lieu aux séances ordinaires ; mais sur la demande des Esprits, et pour qu’il fût apporté plus de soins, plus d’attention à ce contrôle, il fut poursuivi dans des séances particulières. « Je ne me contentai pas de cette vérification, dit encore Allan Kardec, les Esprits m’en avaient fait la recommandation. Les circonstances m’ayant mis en rapport avec d’autres médiums, chaque fois que l’occasion se présentait, j’en profitais pour proposer quelques-unes des questions qui me semblaient les plus épineuses. C’est ainsi que plus de dix médiums ont prêté leur assistance pour ce travail. C’est de la comparaison et de la fusion de toutes ces réponses, coordonnées, classées et maintes fois remaniées dans le silence de la méditation, que je formai la première édition du Livre des Esprits, qui parut le 18 avril 1857. »


Sous format d’un grand in-4° en deux colonnes, une pour les demandes, une en regard pour les réponses ; l’auteur, au moment de le publier, fut très embarrassé pour savoir comment il le signerait, soit de son nom Denizard-Hippolyte-Léon Rivail, ou sous un pseudonyme. Son nom étant très connu du monde scientifique en raison de ses travaux antérieurs et pouvant amener une confusion, peut-être même nuire au succès de son entreprise, il adopta le parti de le signer du nom d’Allan Kardec que, lui avait révélé son guide, il portait au temps des Druides. L’ouvrage eut un tel succès que la première édition fut bientôt épuisée. Allan Kardec le réédita en 1858 sous la forme actuelle, in-12, revu, corrigé et considérablement augmenté.


Le 25 mars 1856, Allan Kardec était dans son cabinet de travail en train de compulser ses communications et de préparer le Livre des Esprits, lorsqu’il entendit des coups répétés se produire contre la cloison; il en chercha la cause sans la découvrir, puis il se remit à l’ouvrage. Sa femme, entrant vers 10 heures, entendit les mêmes bruits ; ils cherchèrent, mais sans succès, d’où ils pouvaient bien provenir. M. et Mme Kardec demeuraient alors rue des Martyrs, n° 8, au deuxième étage, au fond de la cour. « Le lendemain étant un jour de séance chez M. Baudin, écrit Allan Kardec, je racontai le fait, et en demandai l’explication:


§ Dem. : Vous avez entendu le fait que je viens de citer ; pourriez-vous me dire la cause de ces coups, qui se sont fait entendre avec tant de persistance ?

§ Rép. : C’était ton Esprit familier.

§ Dem. : Dans quel but venait-il frapper ainsi ?

§ Rép. : Il voulait se communiquer à toi.

§ Dem. : Pourriez-vous me dire qui il est et ce qu’il me voulait ?

§ Rép. : Tu peux le lui demander à lui-même, car il est ici.

§ Dem. : Mon Esprit familier, qui que vous soyez, je vous remercie d’être venu me visiter; voudriez-vous me dire qui vous êtes ?

§ Rép. : Pour toi, je m’appellerai la Vérité, et tous les mois, ici, pendant un quart d’heure, je serai à ta disposition.

§ Dem. : Hier, quand vous avez frappé pendant que je travaillais, aviez-vous quelque chose de particulier à me dire ?

§ Rép. : Ce que j’avais à te dire était sur le travail que tu faisais ; ce que tu écrivais me déplaisait et je voulais te faire cesser.


Remarque : Ce que j’écrivais était précisément relatif aux études que je faisais sur les Esprits et leurs manifestations.


§ Dem. : Votre désapprobation portait-elle sur le chapitre que j’écrivais ou sur l’ensemble du travail ?

§ Rép. : Sur le chapitre d’hier je t’en fais juge ; relis-le ce soir, tu reconnaîtras tes fautes et tu les corrigeras.

§ Dem. : Je n’étais pas moi-même très satisfait de ce chapitre, et je l’ai refait aujourd’hui ; est-ce mieux ?

§ Rép. : C’est mieux, mais pas assez bien. Lis de la troisième à la trentième ligne, et tu reconnaîtras une grave erreur.

§ Dem. : J’ai déchiré ce que j’avais fait hier !

§ Rép. : Cette déchirure n’empêche pas la faute de subsister relis et tu verras.

§ Dem. : Le nom de Vérité que vous prenez, est-il une allusion à la vérité que je cherche ?

§ Rép. : Peut-être, ou du moins c’est un guide qui te protégera et t’aidera.

§ Dem. : Puis-je vous évoquer chez moi ?

§ Rép. : Oui, pour t’assister par la pensée ; mais pour des réponses écrites chez toi, ce n’est pas de longtemps que tu pourras en obtenir.

§ Dem. : Pourriez-vous venir plus souvent que tous les mois ?

§ Rép. : Oui, mais je ne promets qu’une fois par mois jusqu’à nouvel ordre.

§ Dem. : Avez-vous animé quelque personnage connu sur la terre ?

§ Rép. : je t’ai dit que pour toi j’étais la Vérité ; ce nom pour toi voulait dire discrétion ; tu n’en sauras pas davantage. »


De retour chez lui, Allan Kardec s’empressa de relire ce qu’il avait écrit et put constater la grave erreur qu’en effet il avait commise. Le délai d’un mois fixé entre chaque communication de l’Esprit Vérité fut rarement observé, il se manifesta fréquemment à Allan Kardec, mais non chez lui où, pendant un an environ, il ne put recevoir aucune communication d’aucun médium, et, chaque fois qu’il espérait obtenir quelque chose, il était entravé par une cause quelconque et imprévue qui venait s’y opposer.


Ce fut le 30 avril 1856, chez M. Roustan, par Mlle Japhet, médium, qu’Allan Kardec reçut la première révélation de la Mission qu’il avait à remplir ; cet avis, d’abord assez vague, fut précisé le 12 juin 1856 par l’entremise de Mlle Aline C., médium. Le 6 mai 1857, Mme Cardone, par l’inspection des lignes de la main d’Allan Kardec, lui confirma les deux précédentes communications qu’elle ignorait enfin, le 12 avril 1860, chez Dehan, par l’intermédiaire de M. Crozet, médium, cette mission fut à nouveau confirmée dans une communication spontanée, obtenue en l’absence d’Allan Kardec. Il en fut de même au sujet de son pseudonyme de nombreuses communications venues des points les plus divers vinrent contrôler et corroborer la première communication obtenue à cet égard. Pressé par les événements et par les documents qu’il avait en sa possession, Allan Kardec avait, en raison du succès du Livre des Esprits, formé le projet de créer un journal spirite ; il s’était adressé à M. Tiedeman pour lui demander son concours pécuniaire, mais celui-ci n’était pas décidé de prendre part à cette entreprise. Allan Kardec demanda à ses Guides, le 15 novembre 1857, par l’entremise de Mme E. Dufaux, ce qu’il devait faire. Il lui fut répondu de mettre son idée à exécution et de ne s’inquiéter de rien.


« Je me hâtai de rédiger le premier numéro, dit Allan Kardec, et je le fis paraître le 1er janvier 1858, sans en avoir rien dit à personne. Je n’avais pas un seul abonné, et aucun bailleur de fonds. Je le fis donc entièrement à mes risques et périls, et n’eus pas lieu de m’en repentir, car le succès dépassa mon attente. A partir du 1er janvier, les numéros se succédèrent sans interruption et, comme l’avait prévu l’Esprit, ce journal devint pour moi un puissant auxiliaire. Je reconnus plus tard qu’il était heureux pour moi de n’avoir pas eu de bailleur de fonds, car j’étais plus libre, tandis qu’un étranger intéressé aurait pu vouloir m’imposer ses idées et sa volonté, et entraver ma marche ; seul je n’avais de comptes à rendre à personne, quelque lourde que fût ma tâche comme travail. »


Et cette tâche devait aller en augmentant toujours en travail et en responsabilités, en luttes incessantes contre des entraves, des embûches, des périls de toutes sortes ; mais, à mesure que la peine devenait plus grande, la lutte plus âpre, cet énergique travailleur s’élevait aussi à la hauteur des événements qui ne le surprirent jamais, et pendant onze années, dans cette Revue Spirite, que nous venons de voir commencer si modestement, il tint tête à tous les orages, à toutes les compétitions, toutes les jalousies, qui ne lui furent pas épargnées, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, et comme l’annonce lui en avait été faite lorsque sa mission lui fut révélée. Cette communication et les réflexions dont Allan Kardec l’a annotée nous montrent sous un jour peu flatteur la situation à cette époque, mais elles font ressortir aussi la grande valeur du Fondateur du Spiritisme et son mérite d’avoir pu en triompher.


Médium, Mlle Aline C., 12 juin 1856 :


§ Dem. : Quelles sont les causes qui pourraient me faire échouer. Serait-ce l’insuffisance de mes capacités ?

§ Rép. : Non ; mais la mission des réformateurs est pleine d’écueils et de périls ; la tienne est rude, je t’en préviens, car c’est le monde entier qu’il s’agit de remuer et de transformer. Ne crois pas qu’il te suffise de publier un livre, deux livres, dix livres, et de rester tranquillement chez toi ; non, il te faudra payer de ta personne : tu soulèveras contre toi des haines terribles ; des ennemis acharnés conjureront ta perte ; tu seras en butte à la calomnie, à la trahison même de ceux qui te sembleront les plus dévoués ; tes meilleures instructions seront méconnues et dénaturées ; plus d’une fois tu succomberas sous le poids de la fatigue : en un mot, c’est une lutte presque constante que tu auras à soutenir, et le sacrifice de ton repos, de ta tranquillité, de ta santé, et même de ta vie, car tu ne vivras pas longtemps. Eh bien ! plus d’un recule quand, au lieu d’une route fleurie, il ne trouve sous ses pas que des ronces, des pierres aiguës et des serpents. Pour telles missions, l’intelligence ne suffit pas. Il faut d’abord, pour plaire à Dieu, de l’humilité, de la modestie et du désintéressement, car il abat les orgueilleux, les présomptueux. Pour lutter contre les hommes, il faut du courage, de la persévérance et une fermeté inébranlable ; il faut aussi de la prudence et du tact pour conduire les choses à propos et ne pas en compromettre le succès par des mesures ou des paroles intempestives ; il faut enfin du dévouement, de l’abnégation, et être prêt à tous les sacrifices. Tu vois que ta mission est subordonnée à des conditions qui dépendent de toi. »

ESPRIT VÉRITÉ



Remarque (c’est Allan Kardec qui s’exprime ainsi) : « J’écris cette note au 1er janvier 1867, dix ans et demi après que cette communication m’a été donnée, et je constate qu’elle s’est réalisée en tous points, car j’ai éprouvé toutes les vicissitudes qui m’y sont annoncées. J’ai été en butte à la haine d’ennemis acharnés, à l’injure, à la calomnie, à l’envie et à la jalousie ; des libelles infâmes ont été publiés contre moi ; mes meilleures instructions ont été dénaturées ; j’ai été trahi par ceux en qui j’avais mis ma confiance, payé d’ingratitude par ceux à qui j’avais rendu service. La Société de Paris a été un foyer continuel d’intrigues ourdies par ceux qui se disaient pour moi, et qui en me faisant bonne mine par devant, me déchiraient par derrière. Ils ont dit que ceux qui prenaient mon parti étaient soudoyés par moi avec l’argent que je recueillais du Spiritisme. Je n’ai plus connu le repos ; plus d’une fois j’ai succombé sous l’excès du travail, ma santé a été altérée et ma vie compromise. Cependant, grâce à la protection et à l’assistance des bons Esprits qui m’ont sans cesse donné des preuves manifestes de leur sollicitude, je suis heureux de reconnaître que je n’ai pas éprouvé un seul instant de défaillance ni de découragement, et que j’ai constamment poursuivi ma tâche avec la même ardeur, sans me préoccuper de la malveillance dont j’étais l’objet. D’après la communication de l’Esprit Vérité, je devais m’attendre à tout cela, et tout s’est vérifié. »


Lorsqu’on connaît toutes ces luttes, toutes les turpitudes auxquelles Allan Kardec fut en butte, combien il grandit à nos yeux et combien son triomphe éclatant acquiert de mérite et de splendeur !


(…)


La Société Parisienne des études spirites avait été fondée le 1er avril 1858. Jusque-là, les réunions avaient eu lieu chez Allan Kardec, rue des Martyrs, avec Mlle E. Dufaux comme principal médium ; son salon pouvait contenir de quinze à vingt personnes, il en réunit bientôt plus de trente. Se trouvant alors trop à l’étroit et ne voulant pas imposer toutes les charges à Allan Kardec, quelques-uns des auditeurs proposèrent de former une société spirite et de louer un local où auraient lieu les réunions. Mais il fallait, pour pouvoir se réunir, se faire reconnaître par la préfecture et y être autorisé. M. Dufaux, qui connaissait personnellement le préfet de police d’alors, se chargea des démarches à cet effet, et, grâce au ministre de l’Intérieur, le général X, qui était favorable aux idées nouvelles, l’autorisation fut obtenue en quinze jours, alors que par la filière ordinaire elle eût demandé des mois sans grande chance d’aboutir. La Société fut alors régulièrement constituée et se réunit tous les mardis dans le local qu’elle avait loué au Palais-Royal, galerie de Valois. Elle y resta un an, du 1er avril 1858 au 1er avril 1859. N’ayant pu y demeurer plus longtemps, elle se réunit tous les vendredis dans un des salons du restaurant Douix, au Palais-Royal, galerie Montpensier, du 1er avril 1859 au 1er avrIl 1860, époque où elle s’installa dans un local à elle, rue et passage Sainte-Anne, 59.


Après avoir rendu compte des conditions dans lesquelles la société s’est formée et de la tâche qu’il a eu à remplir, Allan Kardec s’exprime ainsi (Revue Spirite, 1859, p. 169) :


« J’ai apporté dans mes fonctions, que je puis dire laborieuses, toute l’exactitude et tout le dévouement dont j’ai été capable ; au point de vue administratif, je me suis efforcé de maintenir dans les séances un ordre rigoureux, et de leur donner un caractère de gravité sans lequel le prestige d’assemblée sérieuse eût bientôt disparu. Maintenant que ma tâche est terminée et que l’impulsion est donnée, je dois vous faire part de la résolution que j’ai prise de renoncer pour l’avenir à toute espèce de fonction dans la Société, même celle de directeur des études : je n’ambitionne qu’un titre, celui de simple membre titulaire, dont je serai toujours heureux et honoré. Le motif de ma détermination est dans la multiplicité de mes travaux, qui augmentent tous les jours par l’extension de mes relations, car, outre ceux que vous connaissez, j’en prépare d’autres plus considérables, qui exigent de longues et laborieuses études, et n’absorberont pas moins de dix années ; or ceux de la Société ne laissent pas de prendre beaucoup de temps, soit pour la préparation, soit pour la coordination et la mise au net et réclament une assiduité souvent préjudiciable à mes occupations personnelles, et que rend indispensable l’initiative presque exclusive que vous m’avez laissée. C’est à cette cause, Messieurs, que je dois d’avoir si souvent pris la parole, regrettant bien souvent que les membres éminemment éclairés que nous possédons nous privassent de leurs lumières. Depuis longtemps déjà j’avais le désir de me démettre de mes fonctions : je l’ai exprimé d’une manière très explicite en diverses circonstances, soit ici, soit en particulier, à plusieurs de mes collègues, et notamment à M. Ledoyen. Je l’aurais fait plus tôt sans la crainte d’apporter de la perturbation dans la Société : en me retirant au milieu de l’année, on aurait pu croire à une défection, et il ne fallait pas donner cette satisfaction à nos adversaires. J’ai donc accompli ma tâche jusqu’au bout ; mais aujourd’hui que ces motifs n’existent plus, je m’empresse de vous faire part de ma résolution afin de ne point entraver le choix que vous ferez. Il est juste que chacun ait sa part des charges et des honneurs. »


Hâtons-nous d’ajouter que cette démission ne fut pas acceptée et qu’Allan Kardec fut réélu à l’unanimité moins une voix et un bulletin blanc. Devant ce témoignage de sympathie, il s’inclina et conserva ses fonctions.

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