Manifestations à "Effets Physiques"

Nous vous proposons aujourd'hui un petit article paru dans la Revue Spirite n°53, à propos des manifestations à effets physiques.

Ce type de phénomène a été pendant longtemps considéré comme la seule manifestation "tangible", pouvant éventuellement prouver l'existence d'un monde spirituel. De nos jours, ces manifestations se font plus rares (nous y reviendrons sur un autre sujet), mais il est intéressant de comprendre pourquoi elles étaient fréquentes, et surtout à quoi et de qui sont-elles le fait.

 

Citons la revue spirite:

L'engouement superficiel pour les phénomènes physiques produits par les Esprits, n’est pas la panacée du Spiritisme. Dès 1857, des mises en garde à l’égard de ces manifestations spécifiques se faisaient entendre. A la question suivante posée dans un groupe bien initié:

«Est-ce que tous les Esprits indistinctement font mouvoir les tables, produisent des bruits, etc. ?»


Il fut répondu:


«Qui est-ce qui fait danser les singes dans vos rues? Sont-ce des hommes supérieurs?»


D’autres communications concernant ce sujet sont inscrites dans les annales du Spiritisme. Dans l’une d’elles se trouve ce passage:


«Les manifestations que vous cherchez ne sont pas au nombre de celles qui plaisent le plus aux Esprits sérieux et élevés. Nous avouerons néanmoins qu’elles ont leur utilité, parce que, plus qu’aucune autre peut-être, elles auront servi à convaincre les hommes dans le temps voulu.»


Pour obtenir ces manifestations, il faut nécessairement qu’il y ait certains médiums dont la constitution physique soit en harmonie avec les entités spirituelles qui peuvent les produire. Les Esprits supérieurs ne se prêtent pas à des ordres quelconques émanant de la curiosité des humains, pour les amuser par des pasquinades. C’est comme si on demandait dans votre monde aux hommes de science sérieux de jouer les jongleurs ou les bateleurs.


Les Esprits qui se révèlent par des effets matériels sont en général d’un ordre inférieur. Ils amusent ou étonnent ceux pour qui le spectacle des yeux a plus d’attrait que l’exercice de l’intelligence; ce sont en quelque sorte les saltimbanques du monde spirite. Ils agissent quelquefois spontanément, d’autres fois par l’ordre d’Esprits supérieurs dans des circonstances précises et utiles.


Si les communications des Esprits supérieurs offrent un intérêt plus sérieux, les manifestations physiques ponctuelles permettent cependant de révéler des forces inconnues dans la nature, en nous donnant le moyen d’observer leur caractère révélateur dans la hiérarchie de tous les échelons de la population du monde des Esprits, ainsi que leurs mœurs.


On peut se demander comment prouver que la puissance occulte qui agit dans les manifestations spirites est en dehors de l’homme? Nous dirons que lorsqu’une chose se fait contre sa volonté, il est certain que ce n’est pas l’homme qui l’a produite et si sa volonté lui vient en aide, elle est alors le levier dont un Esprit se servira comme d’un outil plus ou moins commode.


Remarquons dans ce contexte que ce sont surtout dans les communications intelligentes que l’intervention d’une entité étrangère devient patente. Lorsque ces communications sont spontanées et en dehors de notre pensée et de notre contrôle, lorsqu’elles répondent à des questions dont la solution est inconnue des assistants, il faut bien chercher la cause en dehors de nous. Cela devient évident pour quiconque observe les faits avec attention et persévérance, alors que les nuances de détails échappent à l’observateur superficiel.


Il est essentiel de savoir que tous les Esprits sont des intelligences, mais à divers degrés, comme parmi les hommes: les uns disent des choses insignifiantes ou stupides, les autres des choses sensées.


C’est ce qui explique que tous les Esprits ne sont pas aptes à comprendre les questions qu’on leur pose. Les Esprits inférieurs sont incapables de comprendre certaines questions ce qui ne les empêche pas de répondre bien ou mal; c’est encore comme parmi les hommes. On voit par là combien il est essentiel de se mettre en garde contre ces réunions ou par ignorance des médiums inexpérimentés se mettent à interroger le premier Esprit venu pour avoir une réponse sensée.


Il faut donc apprendre à connaître et reconnaître avec quelle sorte d’Esprit l’on a à faire. Quiconque veut connaître les mœurs d’un peuple doit l’étudier depuis le bas jusqu’au sommet de l’échelle; n’en voir qu’une classe c’est s’en faire une idée fausse si l’on juge le tout par la partie. Le monde des Esprits est comme le nôtre, il y a de tout, du bon, du mauvais, du sublime, du trivial, du savoir et de l’intelligence comme de l’ignorance. Quiconque n’a pas observé avec science et philosophie à tous les degrés de ce monde spirite, ne peut se flatter de le connaître, et par conséquent d’être dans une situation de bon discernement. Les manifestations physiques nous font connaître les Esprits de bas étages; c’est la rue et la chaumière. Les communications instructives et savantes nous mettent en rapport avec les Esprits élevés; c’est l’élite de la société du monde des Esprits: le château, l’institut. Ce qui veut dire aussi, que lorsqu’on veut organiser un centre spirite sérieux il faut le faire sous l’initiative d’une personne expérimentée et capable de diriger sainement une organisation spirite. En l’occurrence seule l’expérience prévaut. Nous rappelons ce que notre maître bien aimé Allan Kardec écrivait dans la Revue Spirite de 1861, page 377:


«Celui qui a l’intention d’organiser un groupe dans de bonnes conditions doit avant tout s’assurer du concours de quelques adeptes sincères, prenant la doctrine au sérieux, et dont le caractère conciliant et bienveillant lui soit connu. Ce noyau étant formé, ne fût-il que de trois ou quatre personnes, on établira des règles précises, soit pour les admissions, soit pour la tenue des séances et l’ordre des travaux, règles auxquelles les nouveaux arrivants seront tenus de se conformer...»

... «La première condition à imposer, si l’on ne veut être à chaque instant distrait par des objections ou par des questions oiseuses, c’est donc l’étude préalable. La seconde est une profession de foi catégorique, et une adhésion formelle à la doctrine du Livre des Esprits, et telles autres conditions spéciales qu’on jugera à propos. Ceci est pour les membres titulaires et dirigeants; pour les auditeurs, qui viennent généralement pour acquérir un surcroît de connaissances et de conviction, on peut être moins rigoureux; toutefois, comme il en est qui pourraient causer du trouble par des observations déplacées, il est important de s’assurer de leurs dispositions; il faut surtout, et sans exception, écarter les curieux et quiconque ne serait attiré que par un motif  frivole.

L’ordre et la régularité des travaux sont des choses également essentielles. Nous regardons comme éminemment utile d’ouvrir chaque séance par la lecture de quelques passages du Livre des Médiums et du Livre des Esprits; par ce moyen, on aura toujours présents à la mémoire les principes de la science et les moyens d’éviter les écueils que l’on rencontre à chaque pas dans la pratique. L’attention se fixera ainsi sur une foule de points qui échappent souvent dans une lecture particulière, et pourront donner lieu à des commentaires et à des discussions instructives auxquelles les Esprits eux-mêmes pourront prendre part...»

... «Tout cela, comme on le voit, est d’une exécution très simple, et sans rouages compliqués; mais tout dépend du point de départ, c’est-à-dire de la composition des groupes primitifs. S’ils sont formés de bons éléments, ce seront autant de bonnes racines qui donneront de bons rejetons. Si, au contraire, ils sont formés d’éléments hétérogènes et antipathiques, de Spirites douteux, s’occupant plus de la forme que du fond, considérant la morale comme la partie accessoire et secondaire, il faut s’attendre à des polémiques irritantes et sans issue, à des prétentions personnelles, à des froissements de susceptibilités, et, par suite, à des conflits précurseurs de la désorganisation. Entre vrais Spirites tels que nous les avons définis, voyant le but essentiel du Spiritisme dans la morale qui est la même pour tous, il y aura toujours abnégation de la personnalité, condescendance et bienveillance, et, par suite, sûreté et stabilité dans les rapports. Voilà pourquoi nous avons tant insisté sur les qualités fondamentales.»


Dans les nouvelles Editions Philman du Livre des Esprits et du Livre des Médiums, l’USFF dans les préfaces et notamment dans celle du Livre des Médiums tient à préciser ceci:


La médiumnité n’est pas un bricolage de boutiquiers marchands de fausses espérances, car les bons Esprits ne répondent jamais que dans un but utile. Ils refusent de répondre dans les milieux de gens animés d’une curiosité morbide, et encore moins avec des médiums vénaux. Thomas d’Aquin disait: «Dieu c’est ce que nous ne connaissons pas encore», il en est de même en ce qui concerne la faculté médiumnique, trop galvaudée, déformée, mal expliquée dans les médias en France.


Les évocations faites par des personnes ou des groupuscules inexpérimentés sont dangereuses dans la mesure où elles ne répondent pas à des critères moraux basés sur la bonté et la charité. Allan Kardec fait très justement une distinction entre l’évocation et l’invocation, ces deux mots ont la même racine, mais non pas le même sens ni même le même objectif. L’expérimentation spirite développée dans le monde a opté pour l’invocation, car les Esprits ont aussi et d’une manière aiguë le sens du libre arbitre. Ceux qui sont évolués et conscient de leur rôle envers les humains, c’est à dire les Esprits incarnés que nous sommes s’éloignent des appels sur n’importe quoi, faits par ceux qui se livrent à des expériences futiles, dépourvues de spiritualité. Par contre, les Esprits provocateurs, fourbes, pervertis, malsains sont toujours prêt à répondre à n’importe quelle évocation maladroite, inconsciente, irresponsable, pouvant engendrer de graves séquelles psychologiques (l’obsession) et physiques. Ils répondent sur tout et sur rien. Dès lors la meilleure façon de se mettre à l’abri des perturbations d’une médiumnité incontrôlée, c’est de s’adresser à des groupes sérieux et fiables, comme ceux fédérés au sein de l’Union Spirite Française et Francophone.


Avec l’avènement du Spiritisme s’est structuré une déontologie de la pratique médiumnique. La merveilleuse philosophie spirite a été donnée aux hommes par la médiumnité des missionnés pour cette noble tâche. Elle avait, elle a toujours pour objectif d’être une révélation afin de nous venir en aide, de nous encourager, de nous montrer le but à atteindre par l’intermédiaire des messages médiumniques reçus et à recevoir. Le Spiritisme dit ce qu’il est, ce qu’est la médiumnité, et en conséquence ils sont ce qu’il dit, et ce qu’il donne, à savoir: «Hors la charité  point de salut.»