Articles Léon Denis Explique... La Réincarnation

La Réincarnation

Léon Denis nous parle dans un de ses ouvrages, des mécanismes inhérents à la réincarnation. Le principe de l'action-réaction est bien mis en évidence. Sous d'apparentes injustices, le cycle des réincarnation implique des réparations, parfois douloureuses, d'erreurs du passé...

Citons Léon Denis:

La réincarnation, affirmée par les voix d'outre-tombe, est la seule forme rationnelle sous laquelle on puisse admettre la réparation des fautes commises et l'évolution graduelle des êtres. Sans elle, on ne voit guère de sanction morale satisfaisante et complète ; pas de conception possible d'un Etre qui gouverne l'univers avec justice.

Si nous admettons que l'homme vit actuellement pour la première et la dernière fois ici-bas, qu'une seule existence terrestre est le partage de chacun de nous, il faudrait le reconnaître : l'incohérence et la partialité président à la répartition des biens et des maux, des aptitudes et des facultés, des qualités natives et des vices originels.

Pourquoi aux uns la fortune, le bonheur constant ; aux autres, la misère, le malheur inévitable ? à ceux-ci la force, la santé, la beauté ; à ceux-là, la faiblesse, la maladie, la laideur ? Pourquoi ici l'intelligence, le génie, et là l'imbécillité ? Comment tant d'admirables qualités morales se rencontrent-elles à côté de tant de vices et de défauts ? Pourquoi des races si diverses, les unes inférieures au point qu'elles semblent confiner à l'animalité ; les autres, favorisées de tous les dons qui assurent leur suprématie ? Et les infirmités innées, la cécité, l'idiotisme, les difformités, toutes les infortunes qui emplissent les hôpitaux, les asiles de nuit, les maisons de correction ? L'hérédité n'explique pas tout. Dans la plupart des cas, ces afflictions ne peuvent être considérées comme le résultat de causes actuelles. Il en est de même des faveurs du sort. Trop souvent, des justes semblent écrasés sous l'épreuve, tandis que des égoïstes et des méchants prospèrent.

Pourquoi aussi les enfants mort-nés et ceux qui sont condamnés à souffrir dès le berceau ? Certaines existences s'achèvent en peu d'années, en peu de jours ; d'autres durent près d'un siècle. Et encore, d'où viennent les jeunes prodiges : musiciens, peintres, poètes, tous ceux qui, dès le bas âge, montrent des dispositions extraordinaires pour les arts ou les sciences, alors que tant d'autres restent médiocres toute la vie, malgré un labeur acharné ? De même, les instincts précoces, les sentiments innés de dignité ou de bassesse, contrastant parfois si étrangement avec le milieu où ils se manifestent ?

Si la vie individuelle commence seulement à la naissance terrestre, si rien n'existe antérieurement pour chacun de nous, on cherchera en vain à expliquer ces diversités poignantes, ces anomalies effroyables, encore moins à les concilier avec l'existence d'un Pouvoir sage, prévoyant, équitable. Toutes les religions, tous les systèmes philosophiques contemporains sont venus se heurter à ce problème. Aucun d'eux n'a pu le résoudre. Considérée à leur point de vue, qui est l'unité d'existence pour chaque être humain, la destinée reste incompréhensible, le plan de l'univers s'obscurcit, l'évolution s'arrête, la souffrance devient inexplicable. L'homme, porté à croire à l'action de forces aveugles et fatales, à l'absence de toute justice distributive, glisse insensiblement vers l'athéisme et le pessimisme.

Au contraire, tout s'explique, tout s'éclaire par la doctrine des vies successives. La loi de justice se révèle dans les moindres détails de l'existence. Les inégalités qui nous choquent résultent des différentes situations occupées par les âmes à leurs degrés infinis d'évolution. La destinée de l'être n'est plus que le développement, à travers les âges, de la longue série de causes et d'effets engendrés par ses actes. Rien ne se perd ; les effets du bien et du mal s'accumulent et germent en nous jusqu'au moment favorable à leur éclosion. Tantôt ils s'épanouissent rapidement ; tantôt, après un long laps de temps, ils se reportent, se répercutent d'une existence à une autre, selon que leur maturité est activée ou ralentie par les influences ambiantes ; mais aucun de ces effets ne saurait disparaître de lui-même. La réparation, seule, peut les supprimer.

Chacun emporte au-delà de la tombe et rapporte en naissant la semence du passé. Cette semence, suivant sa nature, pour notre bonheur ou notre malheur, répandra ses fruits sur la vie nouvelle qui commence et même sur les suivantes, si une seule existence ne suffit pas à épuiser les conséquences mauvaises de nos vies antérieures. En même temps, nos actes de chaque jour, sources de nouveaux effets, viennent s'ajouter aux causes anciennes, les atténuant ou les aggravant. Ils forment avec elles un enchaînement de biens ou de maux qui, dans leur ensemble, composeront la trame de notre destin.

Ainsi la sanction morale, si insuffisante, parfois si nulle, lorsqu'on l'étudie au point de vue d'une vie unique, se retrouve absolue et parfaite dans la succession de nos existences. Il y a une corrélation étroite entre nos actes et notre destinée. Nous subissons en nous-mêmes, dans notre être intérieur et dans les événements de notre vie, le contrecoup de nos agissements. Notre activité, sous toutes ses formes, est créatrice d'éléments bons ou mauvais, d'effets proches ou lointains, qui retombent sur nous en pluies, en tempêtes, ou en rayons joyeux. L'homme construit son propre avenir. Jusqu'ici, dans son incertitude, dans son ignorance, il le construit à tâtons et subit son sort sans pouvoir l'expliquer. Bientôt, mieux éclairé, pénétré de la majesté des lois supérieures, il comprendra la beauté de la vie, qui réside dans l'effort courageux et donnera à son oeuvre une plus noble et plus haute impulsion.

 

Léon Denis : "Le problème de l'Etre et de la Destiné", chap. XIII