Dieu et la Justice des hommes

L’INTERVENTION DE DIEU DANS LA JUSTICE DES HOMMES

 

Illustration d’un article de la Revue Spirite de Mars 1861 sous le titre « L’assassinat de M. Poinsot »

 

 

Nous vous présentons aujourd’hui un article paru en Mars 1861 dans la revue spirite, qui pose la question controversée de l’intervention de Dieu dans la justice des hommes.

La question est controversée car nombre des détracteurs du spiritisme n’acceptent pas le fait que s’il est effectivement possible de communiquer avec les esprits, pourquoi alors ne peut-on pas obtenir des renseignements précieux des défunts afin de résoudre toute sorte d'énigmes par des réponses qu’ils ont ‘emporté dans la tombe’ tels que la vérité sur leur assassinat, ou bien des aveux post-mortem sur des actes commis au cours de leur existence.

De nos jours, un exemple bien connu est la série télévisée américaine « Médium », qui raconte l’histoire d’une femme qui aide la police à résoudre des affaires criminelles grâce à sa médiumnité. Loin de cette fiction basée sur une histoire vraie bien que très enjolivée pour les besoins hollywoodiens, la question de la résolution d’affaires criminelles par la communication médiumnique reste un sujet intéressant, qui aborde les thèmes du libre arbitre, de l’expiation, et de la justice divine, par delà des faits commis au cours d’une vie et dont les conséquences se prolongent parfois sur plusieurs incarnations.

Il existe un certain nombre d’exemples où il a été effectivement possible de résoudre certaines affaires. Il est bon de comprendre pourquoi, et surtout, de comprendre également pourquoi cela n’est pas toujours possible. Au début de l’année 1861, un homme nommé Poinsot fut assassiné. Cet homme était estimé, aussi, l’incompréhension et la stupeur saisit la communauté de son quartier et de ses amis. La résolution de ce crime devint vite un sujet passionné. Il fut décidé d’avoir recours aux spirites de l’époque, et ces fait furent relatés dans la revue spirite de Mars 1861 sous le titre de la rubrique « l’Assassinat de M. Poinsot » que vous nous livrons in extenso ci-après :



Extrait de la Revue Spirite, Mars 1861

-----> Début de l'extrait

Assassinat de M. Poinsot.

Le mystère qui environne encore ce déplorable événement a fait naître chez beaucoup de personnes la pensée qu'en évoquant l'Esprit de la victime on pourrait arriver à connaître la vérité. De nombreuses lettres nous ont été écrites à ce sujet, et comme la question repose sur un principe d'une certaine gravité, nous croyons utile de faire connaître la réponse à tous nos lecteurs.

Ne faisant jamais du Spiritisme un objet de curiosité, nous n'avions point songé à évoquer M. Poinsot ; néanmoins, à la prière instante d'un de nos correspondants qui avait eu une communication de lui, soi-disant, et désirait savoir par nous si elle était authentique, nous essayâmes de le faire il y a quelques jours. Selon notre habitude, nous demandâmes à notre guide spirituel si cette évocation était possible et si c'était bien lui qui s'était manifesté à notre correspondant.

Voici les réponses que nous avons obtenues :

« M. Poinsot ne peut répondre à votre appel ; il ne s'est encore communiqué à personne : Dieu le lui défend pour le moment. »

Q. Peut-on en savoir le motif ? –

R. « Oui : parce que des révélations de ce genre influenceraient la conscience des juges qui doivent agir en toute liberté. »

Q. Cependant ces révélations, en éclairant les juges, pourraient quelquefois leur épargner des erreurs regrettables, et même irréparables. –

R. « Ce n'est pas par ce moyen qu'ils doivent être éclairés ; Dieu veut leur laisser l'entière responsabilité de leurs jugements, comme il laisse à chaque homme la responsabilité de ses actes ; il ne veut pas plus leur épargner la peine des recherches qu'il ne veut leur ôter le mérite de les avoir faites. »

Q. Mais, faute de renseignements suffisants, un coupable peut échapper à la justice ? –

R. « Croyez-vous qu'il échappe à la justice de Dieu ? S'il doit être frappé par la justice des hommes, Dieu saura bien le faire tomber sous leurs mains. »

Q. Soit, pour le coupable ; mais si un innocent était condamné, ne serait-ce pas un grand mal ? –

R. « Dieu juge en dernier ressort, et l'innocent condamné injustement par les hommes aura sa réhabilitation. Cette condamnation, d'ailleurs, peut être pour lui une épreuve utile à son avancement ; mais quelquefois aussi elle peut être la juste punition d'un crime auquel il aura échappé dans une autre existence. »

« Rappelez-vous que les Esprits ont pour mission de vous instruire dans la voie du bien, et non de vous aplanir la voie terrestre laissée à l'activité de votre intelligence ; c'est en vous écartant du but providentiel du Spiritisme que vous vous exposez à être trompés par la tourbe des Esprits menteurs qui s'agitent sans cesse autour de vous. »

Après la première réponse, les assistants discutaient sur les motifs de cette interdiction, et, comme pour justifier le principe, un Esprit fait écrire au Médium : Je vais l'amener... le voici ; puis un peu après :

« Que vous êtes aimables de vouloir bien causer avec moi ; cela m'est d'autant plus agréable que j'ai beaucoup de choses à vous dire. »

Ce langage parut suspect de la part d'un homme tel que M. Poinsot, et en raison surtout de la réponse qui venait d'être faite ; c'est pourquoi on le pria de vouloir bien affirmer son identité au nom de Dieu. Alors l'Esprit écrit :

« Mon Dieu, je ne peux pas mentir ; j'aurais cependant bien désiré causer dans une aussi aimable société, mais vous ne voulez pas de moi : adieu. »

C'est alors que notre guide spirituel ajouta :

« Je vous ai dit que cet Esprit ne peut répondre ce soir ; Dieu lui défend de se manifester ; si vous insistez vous serez trompés. »

Remarque : Il est évident que si les Esprits pouvaient épargner des recherches aux hommes, ceux-ci se donneraient moins de peine pour découvrir la vérité, puisqu'elle leur arriverait toute seule. A ce titre, le plus paresseux pourrait en savoir autant que le plus laborieux, ce qui ne serait pas juste. Ceci est un principe général. Appliqué à l'affaire de M. Poinsot, il n'est pas moins évident que si l'Esprit déclarait un individu innocent ou coupable, et que les juges ne trouvassent pas de preuves suffisantes de l'une ou l'autre affirmation, leur conscience en serait troublée ; que l'opinion publique pourrait s'égarer par d'injustes préventions. L'homme n'étant pas parfait, nous devons en conclure que Dieu sait mieux que lui ce qui doit lui être révélé ou caché. Si une révélation doit être faite par des moyens extra-humains, Dieu sait y donner un cachet d'authenticité capable de lever tous les doutes, témoin le fait suivant :

Dans le voisinage des mines, au Mexique, une ferme avait été incendiée. Dans une réunion où l'on s'occupait de manifestations spirites (il y en a plusieurs dans ce pays, où probablement ne sont pas encore parvenus les articles de M. Deschanel, c'est pourquoi on y est si arriéré) ; dans cette réunion, disons-nous, un Esprit se communiquait par coups frappés ; il dit que le coupable est parmi les assistants ; on en doute d'abord, et l'on croit à une mystification ; l'Esprit insiste et désigne un des individus présents; on s'étonne ; celui-ci fait bonne contenance, mais l'Esprit semble s'acharner après lui, et fait si bien qu'on arrête l'homme qui, pressé de questions, finit par avouer son crime.

Les coupables, comme on le voit, ne doivent pas trop se fier à la discrétion des Esprits qui, souvent, sont les instruments dont Dieu se sert pour les châtier. (…)

-----> Fin de l'extrait



Cet article met en évidence plusieurs points intéressants au sujet de la résolution d’affaires criminelles.

Tout d’abord, par ordre de développement, parlons du libre arbitre et de ses limites. Dans l’article, nous lisons qu’il est ‘défendu’ à M. Poinsot de se manifester pour répondre à ces questions :

M. Poinsot ne peut répondre à votre appel ; il ne s'est encore communiqué à personne : Dieu le lui défend pour le moment. »)

Le libre arbitre est toujours composé d’un élément de circonstance qui dépend en premier lieu du niveau d’évolution de l’entité (ou des entités) concerné(s). Il arrive parfois, que le libre arbitre ne puisse s’exercer car il entraverait de façon conséquente la bonne marche des lois naturelles de progression de l’évolution d’une entité ou d’un ensemble. Il est important de rappeler que le libre arbitre n’a jamais été total et absolu, pour le bien et la justice, au cours de notre progression. En d’autres termes, un libre arbitre ne peut s’exercer que dans le cadre du niveau d’évolution dans lequel nous évoluons, et surtout dans le cadre de ce qu’il nous est permis de comprendre.

Dans ce cas précis, une intervention de M. Poinsot pourrait nuire à la bonne marche du déroulement d’un processus qui est décrit plus loin dans l’article :

Oui : parce que des révélations de ce genre influenceraient la conscience des juges qui doivent agir en toute liberté. »)

Par contrecoup, le libre arbitre des hommes chargés de juger cette affaire pourrait s’en trouver perturbé. Comme nous le disions plus haut, le libre arbitre ne doit pas entraver la bonne marche des lois naturelles d’un ensemble ou risquant d'entraver la progression d'une entité.

Dès lors, la question de la potentielle faillibilité de la justice humaine est évoquée dans la suite de l’article, puisqu’on s’interroge sur l’éventuel échec de l’enquête, voire même d’une erreur judiciaire si un autre homme que le coupable venait à être condamné. Ainsi, l’esprit instructeur dit :

Dieu juge en dernier ressort, et l'innocent condamné injustement par les hommes aura sa réhabilitation. Cette condamnation, d'ailleurs, peut être pour lui une épreuve utile à son avancement ; mais quelquefois aussi elle peut être la juste punition d'un crime auquel il aura échappé dans une autre existence. »)

On peut comprendre que dans chaque cas, il y aura toujours réparation. Quelque soit l’évolution des choses, l’ordre et la justice divine aura toujours le dernier mot. On note également combien les choses se rééquilibrent, au grès des incarnations. Hors la connaissance de la réincarnation et du spiritisme, qui explique comment la justice divine s’applique, tant d’injustices semblent commises dans le cadre linéaire de l’existence humaine unique. Le spiritisme nous apprend combien est juste et équilibré le phénomène de cause à effet, ainsi que le principe d’expiation.

L’Esprit instructeur continue avec ce sage conseil :

Rappelez-vous que les Esprits ont pour mission de vous instruire dans la voie du bien, et non de vous aplanir la voie terrestre laissée à l'activité de votre intelligence ; c'est en vous écartant du but providentiel du Spiritisme que vous vous exposez à être trompés par la tourbe des Esprits menteurs qui s'agitent sans cesse autour de vous. »)

L’apprentissage, ainsi que les erreurs, font partie de notre processus d’évolution. Il nous faut donc comprendre que nous avons un effort à fournir, et que malgré ces capacités qui nous sont offertes, par la connaissance, la communication, la prière, nous devons nous-mêmes fournir l’effort du travail. Il serait bien facile en effet de tout demander, de ne plus rien faire, et de tout obtenir. Notre progrès n’en serait que faussé, voire inexistant, étant donné qui rien de ce qui est fait nous serait incombé par notre jugement et notre intelligence spirituelle. La remarque finale est sans équivoque :

« L'homme n'étant pas parfait, nous devons en conclure que Dieu sait mieux que lui ce qui doit lui être révélé ou caché. Si une révélation doit être faite par des moyens extra-humains, Dieu sait y donner un cachet d'authenticité capable de lever tous les doutes »

Au cours de la communication, un petit exercice de compréhension est fait par l’Esprit instructeur, en proposant un message pour indiquer que la tromperie guette ceux qui tentent de contourner ces principes. D’une manière générale, le risque d’être abusé par un esprit trompeur est souvent la conséquence d’une utilisation inapproprié de la médiumnité, particulièrement si l’on est mis en garde, comme ce fut le cas ici.

L’article indique cependant des exceptions. Il est relaté à la fin de celui-ci un cas de résolution au Mexique. Dans certains cas, pour des raisons qui échapperont sans doute à notre compréhension, un Esprit peut, par le biais d’un médium, livrer des informations pour que la justice des hommes soit appliquée. Il nous est difficile de dire pourquoi elle s’applique par ce biais dans un cas, et pas dans un autre, mais comme il est dit plus haut:

« Dieu sait ce qui doit être révélé ou caché ».