Articles Allan Kardec explique... Donnez gratuitement...

Donnez gratuitement...

Donnez gratuitement, ce que vous avez reçu gratuitement...

La question de la rétribution reste un sujet de discussion assez répandu. Que ce soit pour de simples prières, magnétisme, ou bien exercice d'une forme de médiumnité, et surtout disons-le, dans tous les milieux non spirites, le phénomène est toujours présent avec des justifications diverses...

Voyons ce que nous dit Allan Kardec sur le sujet...

 

Citons deux extraits de "l'Évangile Selon le Spiritisme" (chapitre XXVI) :

 

1. Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons. Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement. (Saint Matthieu, ch. X, v. 8.)

2. «Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement,» dit Jésus à ses disciples ; par ce précepte il prescrit de ne point faire payer ce que l'on n'a pas payé soi-même ; or, ce qu'ils avaient reçu gratuitement, c'était la faculté de guérir les malades et de chasser les démons, c'est-à-dire les mauvais Esprits ; ce don leur avait été donné gratuitement par Dieu pour le soulagement de ceux qui souffrent, et pour aider à la propagation de la foi, et il leur dit de ne point en faire un trafic, ni un objet de spéculation, ni un moyen de vivre.

(...)

7. Les médiums modernes, - car les apôtres aussi avaient la médiumnité, - ont également reçu de Dieu un don gratuit, celui d'être les interprètes des Esprits pour l'instruction des hommes, pour leur montrer la route du bien et les amener à la foi, et non pour leur vendre des paroles qui ne leur appartiennent pas, parce qu'elles ne sont pas le produit de leur conception, ni de leurs recherches, ni de leur travail personnel. Dieu veut que la lumière arrive à tout le monde ; il ne veut pas que le plus pauvre en soit déshérité et puisse dire : Je n'ai pas la foi, parce que je n'ai pas pu la payer ; je n'ai pas eu la consolation de recevoir les encouragements et les témoignages d'affection de ceux que je pleure, parce que je suis pauvre. Voilà pourquoi la médiumnité n'est point un privilège, et se trouve partout ; la faire payer, serait donc la détourner de son but providentiel.

8. Quiconque connaît les conditions dans lesquelles les bons Esprits se communiquent, leur répulsion pour tout ce qui est d'intérêt égoïste, et qui sait combien il faut peu de chose pour les éloigner, ne pourra jamais admettre que des Esprits supérieurs soient à la disposition du premier venu qui les appellerait à tant la séance ; le simple bon sens repousse une telle pensée. Ne serait-ce pas aussi une profanation d'évoquer à prix d'argent les êtres que nous respectons ou qui nous sont chers ? Sans doute on peut avoir ainsi des manifestations, mais qui pourrait en garantir la sincérité ? Les Esprits légers, menteurs, espiègles, et toute la cohue des Esprits inférieurs, fort peu scrupuleux, viennent toujours, et sont tout prêts à répondre à ce que l'on demande sans se soucier de la vérité. Celui donc qui veut des communications sérieuses doit d'abord les demander sérieusement, puis s'édifier sur la nature des sympathies du médium avec les êtres du monde spirituel ; or la première condition pour se concilier la bienveillance des bons Esprits, c'est l'humilité, le dévouement, l'abnégation, le désintéressement moral et matériel le plus absolu.

9. A côté de la question morale se présente une considération effective non moins importante qui tient à la nature même de la faculté. La médiumnité sérieuse ne peut être et ne sera jamais une profession, non seulement parce qu'elle serait discréditée moralement, et bientôt assimilée aux diseurs de bonne aventure, mais parce qu'un obstacle matériel s'y oppose ; c'est une faculté essentiellement mobile, fugitive et variable, sur la permanence de laquelle nul ne peut compter. Ce serait donc, pour l'exploiteur, une ressource tout à fait incertaine, qui peut lui manquer au moment où elle lui serait le plus nécessaire. Autre chose est un talent acquis par l'étude et le travail, et qui, par cela même, est une propriété dont il est naturellement permis de tirer parti. Mais la médiumnité n'est ni un art ni un talent, c'est pourquoi elle ne peut devenir une profession ; elle n'existe que par le concours des Esprits ; si ces Esprits font défaut, il n'y a plus de médiumnité ; l'aptitude peut subsister, mais l'exercice en est annulé ; aussi n'est-il pas un seul médium au monde qui puisse garantir l'obtention d'un phénomène spirite à un instant donné. Exploiter la médiumnité, c'est donc disposer d'une chose dont on n'est réellement pas maître ; affirmer le contraire, c'est tromper celui qui paye ; il y a plus, ce n'est pas de soi-même qu'on dispose, ce sont les Esprits, les âmes des morts dont le concours est mis à prix ; cette pensée répugne instinctivement. C'est ce trafic, dégénéré en abus, exploité par le charlatanisme, l'ignorance, la crédulité et la superstition, qui a motivé la défense de Moïse. Le spiritisme moderne, comprenant le côté sérieux de la chose, par le discrédit qu'il a jeté sur cette exploitation, a élevé la médiumnité au rang de mission. (Voy. Livre des Médiums, ch. XXVIII, - Ciel et Enfer, ch. XII)

10. La médiumnité est une chose sainte qui doit être pratiquée saintement, religieusement. S'il est un genre de médiumnité qui requière cette condition d'une manière encore plus absolue, c'est la médiumnité guérissante. Le médecin donne le fruit de ses études, qu'il a faites au prix de sacrifices souvent pénibles ; le magnétiseur donne son propre fluide, souvent même sa santé : ils peuvent y mettre un prix ; le médium guérisseur transmet le fluide salutaire des bons Esprits : il n'a pas le droit de le vendre. Jésus et les apôtres, quoique pauvres, ne faisaient point payer les guérisons qu'ils opéraient.

Que celui donc qui n'a pas de quoi vivre cherche des ressources ailleurs que dans la médiumnité ; qu'il n'y consacre, s'il le faut, que le temps dont il peut disposer matériellement. Les Esprits lui tiendront compte de son dévouement et de ses sacrifices, tandis qu'ils se retirent de ceux qui espèrent s'en faire un marchepied.

 

Allan Kardec,

"L'Evangile Selon le Spiritisme", chap.26